L'ORIGINE DU MOT PHARMACIE


Dans la Grèce antique, le pharmakos était à l'origine un pauvre destiné à être sacrifié aux dieux en cas de catastrophe.

Dès le début de son existence, le mot " pharmakon ", à l'origine des mots " pharmacie " et " pharmaceutique ", a eu des significations très ambiguës, représentant notamment le poison et son antidote. C'est ce que nous rappellent Bernard Lachaux et Patrick Lemoine dans le texte suivant. Les intertitres sont de la rédaction.

Dans la Grèce classique, par prévoyance, la ville d'Athènes entretenait à grands frais quelques malheureux destinés aux sacrifices. En cas de besoin (calamité, épidémie, famine, invasion), il y avait ainsi un pharmakon à la disposition de la collectivité. Il était promené dans les moindres recoins de la ville sur un char décoré ; il était destiné à drainer les ultimes parcelles du mal. Puis la victime sacrificielle était chassée ou tuée au cours d'une cérémonie rassemblant toute la populace. Dans ce rite, le pharmakos est un réceptacle qui cristallise sur lui tout le mal et dont le sacrifice rembourse largement la société de ses investissements, puisqu'il calme l'effervescence et ramène la paix. La victime émissaire incarne la culpabilité collective. Le pharmakos apparaît sous un double visage : personnage coupable justifiant la vengeance à son encontre, mais aussi objet de vénération religieuse. Il y a bien là une alchimie impérieuse dont la victime rituelle est l'instrument : en attirant sur elle la violence maléfique, elle permet, par sa mort, sa transformation en violence bénéfique (...).
 

Le poison et son antidote

Il y a (...) un glissement intéressant du pharmakos humain au terme de pharmakon remède. En grec classique, le pharmakon signifie le poison et son antidote, le mal été son remède, et finalement toute substance capable d'exercer une action très favorable ou très défavorable selon les cas, les circonstances et les doses employées (médecine des semblables et des opposés d'Hippocrate). Le pharmakon est une drogue magique ambiguë dont les hommes ordinaires doivent laisser la manipulation à ceux qui jouissent de connaissances exceptionnelles, voire surnaturelles : prêtres, magiciens, chamans, médecins...

 
Dans une vision historique des différentes méthodes médicales, de nombreuses analogies apparaissent, qui font de l'expulsion et de la purification un thème médical essentiel. Nous ne ferons que citer l'exemple des diverses thérories sur les humeurs pécantes (NDLR : mauvaises humeurs - du latin peccare : pécher) à évacuer par les clystères (NDLR : les lavements) ou les saignées au XVIIIe siècle. Mais nous pourrions aussi parler des méthodes modernes de vaccination qui consistent à renforcer les défenses du malade pour le rendre capable de repousser seul une agression microbienne.

Pierre-Jean Brisset

Sources : Lachaux B. et Lemoine P. " Placebo, un médicament qui cherche sa vérité " Medsi/McGraw-Hill éd., Paris.

Page créée le 6 juin 2000   révision le : 17 mai 2002
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